Wifredo LAM, François HOUTIN, Edouard GOERG, Didier HAMEY, François HOUTIN, Jean COULON et Gustave DORÉ.
L’EROA du collège Jean Rostand de Loon-Plage, intitulé « Créatures fantastiques, entre mythes, rêves et cauchemars », s’est organisé en partenariat avec le Musée du Dessin et de l’Estampe originale de Gravelines. Il s’est déroulé principalement du 2 mars au 30 mars 2026, mais des ateliers de gravure avaient commencé dès le mois de janvier, ainsi qu’un projet de fresque aux abords du collège, conjointement organisé avec la mairie.
Les œuvres exposées ont formé un bestiaire fantastique issu de récits mythologiques ou d’imaginaires singuliers : treize estampes prêtées par le musée de Gravelines, réalisées par six artistes aux univers variés (Gustave Doré, Édouard Goerg, François Houtin, Didier Hamey, Jean Coulon, Wifredo Lam).
Des visites au musée de Gravelines se sont également déroulées pour les classes de 6e lors de l’exposition « Les Métamorphoses d’Ovide, des mythes gravés aux 16e et 17e siècles », avec des ateliers de gravure. Si la partie transdisciplinaire concernait surtout les 6e, ce projet concernait toutefois toutes les classes du collège, car chaque niveau devait questionner un des axes du programme relatif aux arts plastiques. Des activités dans le cadre de la liaison écoles-collège ont également eu lieu. L’ensemble a été restitué lors des portes ouvertes du collège le 14 mars 2026.


En ce qui concerne les contenus artistiques, cette exposition rassemblait six artistes différents, dont voici un descriptif succinct :
Gustave Doré (1832-1883) illustre La Divine Comédie de Dante Alighieri à travers des gravures marquantes. Quatre estampes représentaient des scènes de l’Enfer, peuplées de créatures fantastiques et mythologiques telles que le Diable ou Cerbère. Son travail, inspiré du texte, a profondément influencé l’imaginaire visuel, notamment au cinéma.
Édouard Goerg, artiste expressionniste marqué par la Seconde Guerre mondiale, proposait des estampes mêlant références bibliques et visions inquiétantes, comme Le Jardin enchanté ou L’Apocalypse, reflétant les tensions de son époque.
François Houtin, artiste contemporain, a créé des paysages imaginaires inspirés de la nature. Ses estampes représentaient des jardins fantastiques et des formes végétales transformées, mêlant poésie, mystère et imagination.
Didier Hamey a développé un univers original et humoristique, peuplé de créatures hybrides. Ses deux estampes évoquaient un « cabinet de curiosités » où se mêlent imagination, fantaisie et étrangeté.
Wifredo Lam, artiste cubain influencé par le surréalisme et les arts africains, a créé des œuvres où se confondent formes humaines, animales et végétales. Ses estampes présentent des figures hybrides dans un style très personnel.
Enfin, Jean Coulon, graveur belge, propose un univers poétique et fantaisiste. Son estampe Dragon représente une créature mêlant éléments organiques et mécaniques, dans un style à la fois minutieux et imaginaire. Certains élèves y ont vu une métaphore de notre époque et de ses dérives vers un monde toujours plus mécanisé.

GOERG Edouard. Le jardin enchanté. 1931-40. Eau-forte

GOERG Edouard, La terre ouvrit la gueule et avala le torrent que le dragon avait lancé de sa gueule, pl. XV. L’Apocalypse de Saint Jean. 1945. lithographie. 50 x 65 cm.

COULON Jean (Auteur) (Bruxelles, 1947 ; Rhode-Saint-Genèse, 2020) Dragon , 2016. Burin

DORÉ Gustave (Auteur) ; VERDEIL Pierre (Collaborateur, graveur) Le premier s’écriait : « Viens donc, viens donc, ô Mort…. », c. XIII, v. 118, pl. XXXVII, p.67. La divine comédie ; L’enfer, 1868 (édition). Gravure sur bois
40 x 50 cm.

HOUTIN François (Auteur) (Craon, 1950)
Le rêve, 1986.
Eau-forte. 60 x 80 cm.
Les objectifs pédagogiques se résumaient en plusieurs axes selon les niveaux de classe.
Les élèves 6ème ont étudié les métamorphoses d’Ovide avec leurs enseignants en français (à partir d’une liste envoyée par le musée) puis ils sont allés au musée pour découvrir de nombreuses estampes consacrées à ce thème.

Atelier d’initiation à la gravure en creux (niveau :6e).

Visite de l’exposition sur les métamorphoses d’Ovide à Gravelines. 4 classes de 6e étaient concernées.

Atelier d’initiation à la gravure en creux (niveau :6e).

Productions d’élèves de 6e réalisées au musée.
Après leurs ateliers d’initiation à la gravure organisées au musée, les élèves ont réalisé des métamorphoses en cours d’arts plastiques en combinant techniques graphiques, picturales et gravure. À l’aide de plaques transparentes et de pointes sèches, ils ont expérimenté les possibilités de ce procédé, en acceptant sa part d’inattendu tout en restant fidèles à leurs intentions initiales.
À ce travail sur la forme s’est ajoutée une exploration des relations entre quantité et qualité de la couleur, ainsi que de sa dimension sensorielle (teinte, intensité, nuances). Les élèves ont également appris à articuler médiums et techniques à des fins expressives, notamment à travers le choix des supports. Enfin, leurs productions étaient accompagnées d’un texte explicatif, visant à clarifier leurs intentions.




Les élèves de 5e ont réalisé des créatures fantastiques hybrides en combinant un travail réalisé par ordinateur puis en ayant recours à la technique de la gravure. Ils devaient s’attacher au caractère expressif du monstre représenté.



En début d’année, ils ont également étudié la notion de héros à travers plusieurs questionnements : ce qui définit un héros ou une héroïne, les raisons pour lesquelles les sociétés en ont besoin, la manière dont l’art et la littérature les construisent, ainsi que l’évolution de leur représentation jusqu’à aujourd’hui. Ils devaient imaginer un héros pour notre époque.

Poséidon revient pour protéger les habitants des catastrophes naturelles (technique : argile puis photomontage).

Un robot distributeur de frittes pour venir en aide aux personnes qui meurent de faim.

Cette créature lutte contre les virus informatiques
.

Ce héros nettoie la planète.
Les élèves de 4e ont, quant à eux, représenté des environnements fantastiques (en intégrant ou non une créature), en ayant également recours à des pratiques numériques puis à l’utilisation de la presse à graver. Ils ont ainsi réfléchi à la notion de lieu (réel ou imaginaire) à travers la représentation d’environnements symboliques (paradis, enfers, mondes hybrides, etc.).
Les élèves pouvaient réaliser un environnement particulier, significatif, onirique, fantastique ou encore étrange, réenchanter le monde ou en montrer la laideur. C’est également ce à quoi nous invite la sélection d’estampes. De l’enfer représenté par Gustave Doré aux jardins merveilleux de François Houtin, les élèves ont pu observer ce qui définit graphiquement l’espace dans la composition d’une image, à travers un travail sur le cadrage, les plans ainsi que les jeux d’ombre et de lumière.

Le cerf enchanté.

Le monstre.

L’apocalypse.

Le cauchemar.
Les élèves de 3e, enfin, devaient interroger les modalités de présentation et aborder la relation entre l’espace et le spectateur, en partant d’un lieu spécifique : un générateur situé aux abords du collège. Le thème proposé rejoignait celui de l’EROA, et les élèves se sont inspirés de figures mythologiques en proposant plusieurs projets.
Ce travail a fait l’objet d’un vote afin d’élire le projet final, qui sera réalisé au mois de mai avec deux artistes missionnés par l’entreprise ayant installé le générateur, ainsi qu’avec les élèves de l’ULIS.


Tous les élèves du collège devaient analyser également une estampe afin de développer des compétences culturelles. Les élèves ont été nombreux à souhaiter participer au vernissage ainsi qu’à l’accueil des élèves du primaire.

Elèves analysant une œuvre

Présentation des estampes réalisées pendant d’atelier gravure organisé au musée.
Le vernissage a aussi été l’occasion de célébrer une nouvelle salle d’exposition car cette année un espace a été repeint et aménagée avec des cimaises, ce qui a permis de mettre en valeur les estampes empruntées.
Les liens établis avec les langues et cultures de l’Antiquité ont enrichi la dimension disciplinaire, en particulier entre les cours de français et d’arts plastiques. Les enjeux artistiques et éducatifs consistaient à permettre aux élèves d’avoir une pratique réflexive tout en leur permettant de découvrir des œuvres reliées à leur questionnement. Les élèves se sont approprié des pratiques artistiques (pour concrétiser leurs intentions) telles que la gravure sans délaisser les pratiques numériques. Ils ont également pu cerner l’importance du contexte historique (à travers les réalisations d’Édouard Goerg notamment) et mieux comprendre la dimension symbolique d’une créature fantastique en observant le travail de Jean Coulon.
Par ailleurs, les connexions avec le premier degré ont été clairement identifiées et valorisées, renforçant la cohérence et l’ouverture du projet. Le fait de montrer les œuvres et les productions des élèves pendant les portes ouvertes a été une réussite.
L’année prochaine il sera question de mettre davantage le travail des élèves en valeur en positionnant leurs productions dans le couloir près de la salle d’EROA qui se trouve désormais en face de la salle d’arts plastiques (et pas simplement dans la salle d’arts plastiques).
En outre, si le thème du fantastique a fortement motivé les élèves, il est envisagé, pour le prochain EROA, d’élargir cette approche en s’intéressant plus largement aux représentations du monde, et non plus uniquement à une créature en particulier. Ce choix s’appuie également sur la programmation du musée de Gravelines, qui prévoit une exposition consacrée à Philippe Mohtitz (du 29 novembre 2026 au 30 mai 2027). Les expositions de ce musée constituent en effet un apport complémentaire précieux pour les élèves.
