En novembre 2025, cinquante élèves de première d’enseignement de spécialité arts plastiques du lycée Marguerite de Flandre de Gondecourt ont passé une journée au Fresnoy – Studio national des arts contemporains pour y visiter l’exposition Panorama 27 – Simultanéité.
Lors de cette journée immersive, plusieurs moments leur ont été proposés tels que la visite du circuit de production du studio, le visionnage de certains courts métrages, la visite guidée de l’exposition, une conférence menée par Hicham
Berrada ainsi qu’un atelier de pratique artistique avec Yongkwan Joo.

Les élèves ont passé un moment privilégié avec l’artiste qui leur a présenté son travail, son parcours et sa démarche créative, axée autour de deux notions fortes : la boucle et la frontière. Ce moment a permis aux élèves de poser des questions à Yongkwan et de comprendre
comment les différences culturelles peuvent inspirer le travail de plasticien et construire de véritables démarches artistiques.



Pahom : l’atelier
L’œuvre Pahom prend ses sources dans le conte de Léon Tolstoï, Ce qu’il faut de terre à l’homme (1886). Ce travail mêle à la fois la technique d’animation traditionnelle image par image (ou stop motion) et une fabrication artisanale du médium peinture. En effet, on observe une silhouette humanoïde composée de figures géométriques qui court inlassablement, sans jamais parvenir à atteindre son but. Yongkwan Joo a proposé aux lycéens de créer collectivement leur silhouette de Pahom dans une courte vidéo de deux secondes en boucle. Quelques jours avant le workshop, il a été demandé aux élèves de collecter de petites quantités de terres dans leurs villes, substrat destiné à devenir matériau artistique. Durant l’atelier, chaque élève s’est vu confié la réalisation d’une des 48 silhouettes de la vidéo. A l’aide de papier carbone, d’adhésifs de masquage et de « peintures » fabriquées à partir de leurs terres récoltées, ils ont pu s’approprier les gestes enseignés par l’artiste.
Chaque silhouette numérotée a été numérisée puis assemblée dans une vidéo en boucle. Ce travail a pris place au sein aux côtés des œuvres de Yongkwan Joo lors de l’exposition organisée au sein du lycée.

Interview et audio blogs
Une partie des élèves ont mené des recherches sur Yongkwan et ses travaux, ainsi que des interviews de l’artiste. Ces données collectées ont été compilées dans des audio blogs explicatifs, disponibles sur internet via un QR code. Ce travail a constitué un excellent outil de médiation pour les élèves et pour les visiteurs de l’exposition.



Montage de l’exposition :
Tout l’intérêt du dispositif EROA réside dans l’exposition des œuvres au sein de lieux qui ne sont initialement pas destinés à les exposer. Pour Arpenter, Yongkwan a dû faire preuve d’une grande capacité d’adaptation pour concevoir de nouvelles modalités d’exposition de ses œuvres. La projection d’œuvres vidéo-mappées dans la salle polyvalente du lycée a nécessité la fabrication artisanale d’un certain nombre de supports et l’utilisation de logiciels techniques. Ce travail d’orfèvre a été réalisé en présence de certains élèves qui ont pris conscience que le travail de l’artiste ne s’arrête pas une fois l’œuvre produite. Leur participation au montage de l’exposition a d’ailleurs été fortement apprécié par l’artiste qui, à la manière d’un chef d’orchestre, a mené les opérations avec douceur et fermeté. L’exposition d’œuvre fragiles et sensibles au UV a nécessité l’occultation des ouvertures, nous obligeant à repenser l’éclairage de la salle à travers des luminaires localisés. Toutes ces dispositions ont véritablement métamorphosé cette salle en véritable galerie d’art pour une durée de trois semaines.


Médiation :
L’autre versant de ce projet EROA a été la médiation. Comment engager l’élève au cœur d’un projet d’exposition et le faire devenir acteur de sa médiation ? Les audio blogs et le making-off de l’atelier ont été de bons tremplins pour parvenir à cet objectif. Mais c’est surtout les rencontres régulières avec Yongkwan qui ont permis aux élèves de créer une proximité avec l’artiste, levier important d’adhésion aux pratiques contemporaines de ce dernier. Une fois l’exposition montée, nous avons emmenés tous les élèves plasticiens pour leur faire la visite, qu’ils puissent ainsi
s’approprier les lieux et comprendre comment un groupe pouvait circuler au sein d’un espace d’exposition. Nous les avons également formés à la logistique de la salle d’exposition (allumer et éteindre les œuvres vidéo, manipuler les livres d’anthotypes, utiliser les supports de médiation). Plusieurs élèves bilingues ont spontanément proposé de mener des visites en langue étrangère. Notre lycée, label européen des langues, a été séduit par cette initiative. Un planning de visites a été créé et mis en ligne, permettant à l’ensemble des personnels (professeurs, élèves, personnels administratifs et techniques) de venir visiter l’exposition.
Les élèves sont parvenu à s’investir dans ce projet, bien au-delà du temps de l’atelier en prenant en charge la transmission de l’œuvre à leurs pairs et professeurs. Ainsi, l’EROA est devenu un véritable projet collectif d’établissement, fédérant chacun autour du travail poétique de Yongkwan Joo.
ARPENTER – E.R.O.A lycée Marguerite de Flandre de Gondecourt
Sarah Coquelle et Marie Cotelle, professeures d’arts plastiques