MARGAUX HOURIEZ – Je est un autre – Collège Jacques Prévert – MASNIERES

Au printemps 2026, le collège de Masnières a accueilli une exposition pédagogique et artistique menée du 3 mars au 8 avril, destinée aux élèves du collège et de l’école primaire dans le cadre d’un parcours d’éducation artistique et culturelle.

Ce projet, prenant la forme d’une exposition accompagnée d’ateliers d’analyse et de médiation, s’est construit autour de la question fondamentale de l’identité : « Qui suis-je ? ». La restitution s’est déroulée au sein de l’établissement, permettant aux élèves, aux familles et aux partenaires éducatifs de découvrir le fruit de ce travail collectif. Le parcours s’est appuyé sur la présentation de quatre œuvres issues de la création moderne et contemporaine, réalisées par Philippe Favier, Marc Newson, Oriol Vilanova et Robert Doisneau. À travers ce dispositif mêlant exposition, ateliers et réflexion interdegrés, le projet visait à sensibiliser les élèves à la diversité des formes artistiques tout en développant leur capacité à interroger la construction de l’identité individuelle et collective.


Tout au long de ce projet, les élèves ont été invités à explorer la question de l’identité en s’appuyant à la fois sur les œuvres étudiées, les ateliers de pratique et leurs propres expériences. Très rapidement, ils ont compris que l’identité n’est pas une réalité figée mais une construction faite de strates, de souvenirs, de rencontres et d’héritages. Les œuvres de Robert Doisneau, Philippe Favier, Oriol Vilanova et Marc Newson ont joué un rôle de déclencheurs sensibles : certains élèves ont reconnu des figures familiales dans la photographie de Doisneau, d’autres ont été touchés par les objets, les vêtements ou les formes proposés par les artistes. Chacun a ainsi trouvé un espace où projeter ses interrogations, ses doutes ou ses certitudes. À l’adolescence, les questions liées à l’image de soi, à l’appartenance et à la recherche de sens occupent une place centrale ; le projet a donc été conçu comme un cadre sécurisant permettant aux élèves de penser, créer et s’exprimer autrement. L’approche Philo-Art a permis de déplacer la parole en passant par la création artistique, le sensible et le collectif, tout en valorisant autant le processus que les productions finales.


Le projet visait à questionner le rapport des élèves à l’image et à l’apparence, à interroger les éléments qui participent à la construction de l’identité personnelle et sociale, à développer l’autonomie de pensée et la capacité à formuler une parole singulière, à renforcer l’estime de soi et l’expression des émotions, et à vivre une expérience collective de création et de restitution. La première phase a invité les élèves à interroger leur rapport à l’image et au regard de l’autre à travers un atelier philosophique nourri de questions telles que « Suis-je seulement ce que les autres voient de moi ? » ou « Existe-t-on en dehors du regard d’autrui ? ». Les échanges ont donné lieu à la collecte de mots, de phrases et de fragments de pensée, puis à la réalisation d’un portrait photographique individuel transformé en cyanotype sur tissu. Cette technique a permis d’aborder la notion d’empreinte et de trace, renforçant l’idée que l’identité se révèle et se construit progressivement.


La seconde étape a exploré la notion de valeur personnelle à travers un atelier philosophique consacré à ce qui est précieux. Un temps d’écriture intime a permis à chaque élève de formuler ce qui compte pour lui ou pour elle, avant que les textes ne soient enregistrés pour faire de la voix une matière artistique. Cette étape a favorisé l’émergence d’une parole personnelle tout en la reliant à une dimension collective. La troisième phase a interrogé le vêtement comme support d’identité et de représentation de soi. Les élèves ont réfléchi à ce que leurs vêtements disent d’eux, puis ont customisé un vêtement personnel grâce à des techniques textiles, de collage et de broderie. Une œuvre collective a également été réalisée sur un bleu de travail en référence à la démarche d’Oriol Vilanova, renforçant la dimension collaborative du projet.

En parallèle des séances menées en classe, les élèves ont découvert l’œuvre de Margaux Houriez, L’Oiseau Rare, ainsi que les interventions de Marine Valentie. Les cyanotypes de portraits et les broderies ont particulièrement marqué les élèves, qui ont compris qu’une photographie ancienne, un motif brodé ou un objet transmis pouvaient contenir toute une histoire. Ils ont reconnu dans ce travail les questions soulevées en classe : ce que l’on choisit de garder, ce que l’on transmet, ce qui nous façonne. En observant la broderie ou la gravure, ils ont saisi que l’identité pouvait se broder et se graver, s’incarner dans des gestes, des traces et des objets porteurs de mémoire. En manipulant ces formes d’expression, ils ont éprouvé comment l’art peut préserver un souvenir, faire surgir une émotion ou redonner vie à une histoire familiale.

La restitution finale a pris la forme d’installations artistiques réunissant les portraits cyanotypes, les enregistrements sonores mis en musique, les vêtements customisés portés ou exposés ainsi que des extraits de textes issus des ateliers philosophiques. Plus qu’une simple exposition de productions, elle a révélé des parcours intérieurs et des prises de conscience. Lors d’un défilé, les voix se sont affirmées et les élèves ont donné corps à leur réflexion. Les mots brodés, les textes écrits et les tee-shirts personnalisés ont témoigné de la manière dont l’art peut devenir un espace pour penser, ressentir et se raconter. Ainsi, le projet a permis aux élèves de se découvrir autrement, de prendre conscience de leur singularité autant que de ce qui les relie, et de faire de l’expérience artistique un véritable espace d’expression personnelle et collective.

Enfin, ce projet a permis de mesurer pleinement les enjeux artistiques et éducatifs d’un parcours croisant pratique, réflexion et rencontre avec les œuvres. Le bilan apparaît particulièrement positif : les élèves ont gagné en confiance, en capacité d’expression et en engagement, trouvant dans ce cadre un espace sécurisant pour formuler une parole personnelle et sensible. L’expérience a favorisé l’émergence d’un regard critique, nourri par la confrontation à des œuvres variées telles que All is Vanity de Charles Allan Gilbert, l’Event Horizon Table de Marc Newson, ou encore plusieurs photographies de Robert Doisneau, dont Le Baiser de l’Hôtel de Ville, Le Remorqueur du Champ de Mars et Le Chien à roulettes. La découverte de la démarche de Christian Boltanski, notamment avec Les Habits de François C., a prolongé cette réflexion sur la mémoire, la trace et l’identité. Les résonances avec des œuvres littéraires majeures, telles que La Place d’Annie Ernaux, Le Premier Homme d’Albert Camus ou Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, ont contribué à élargir la culture des élèves et à donner une profondeur supplémentaire à leurs questionnements. Cette mise en dialogue entre arts visuels, littérature et pratique personnelle a permis une véritable appropriation des démarches artistiques et une ouverture culturelle durable. Les élèves ont ainsi expérimenté que l’art peut devenir un espace de confiance, de construction de soi et de compréhension du monde, laissant entrevoir des effets durables sur leur rapport à la culture, à la création et à eux-mêmes.

Collège Jacques Prévert, Masnières